Travail Attelage Randonnées News Dossier Togo La All Alaska Sweepstake

La première 'All Alaska Sweepstakes' a eu lieu en 1908 et était plus ou moins de nature expérimentale. Dans cette course et celle de 1909, le traîneau lourd habituel était toujours utilisé. Par la suite, un traîneau de course plus léger a été développé et utilisé. Les procédures de départ ont également subi une certaine évolution au cours de ces premières années. Dans la course de 1908, les départs étaient espacés de deux heures et le temps de chaque attelage était calculé au moment de son départ. Mais avec les conditions météorologiques et de piste changeant rapidement le long du parcours, il a été constaté que de si longs intervalles entre les départs pouvaient influencer indûment le résultat de la course. Certaines équipes peuvent avoir du beau temps pour la majeure partie de leur course tandis que d'autres peuvent se retrouver dans des conditions de blizzard épouvantable. Progressivement, l'intervalle entre les départs a donc diminué jusqu'en 1913, et à partir de ce moment, les attelages ont pris le départ toutes les minutes et tous considéraient qu’ils avaient commencé en même temps.

La ‘All Alaska Sweepstakes’ de 1908 a été remportée par l’attelage appartenant au président du club, Albert Fink, et conduite par John Hegness. L'événement lui-même s'est avéré plus réussi que ses organisateurs auraient pu l'espérer. C'était LE rendez-vous de l'année en ce qui concerne les habitants de Nome, et le publique était invité à en faire une fête annuelle. Non seulement la course a fourni une excuse pour des vacances de quatre jours, avec la fermeture des écoles, la fermeture des entreprises et même l'élection d'une "Reine de la Sweepstakes", mais elle a également fourni l'occasion d’assouvir ce passe-temps favori d’outre frontières - le jeu. En fait, c'est ce dernier aspect angoissant de la course qui explique probablement son immense popularité. Le parcours s'est déroulé le long d'une ligne téléphonique qui a permis d'envoyer constamment des rapports sur les progrès des attelages aux parieurs de Nome. Là, réunis dans le Board of Trade Saloon sur Front Street, les joueurs ont regardé les rapports d'avancement de chaque team alors qu'ils étaient placés sur une grande planche. La particularité des paris était que les livres restaient ouverts jusqu'à ce que la première équipe franchisse la ligne d'arrivée. Cela signifiait que les chances changeaient constamment; l'un ou l'autre favori ayant pris du retard, des paris de couverture pouvaient être placés et, par conséquent, des fortunes pouvaient être gagnées ou perdues en quelques jours seulement. De plus, les conditions météorologiques et de piste pouvaient changer si rapidement que même les attelages les plus rapides et les plus expérimentés risquaient être battus par des attelages plus lents, si la chance était contre eux. Par conséquent, peu de joueurs ont osé quitter le saloon pendant les quatre jours entiers de la course. De la nourriture leur a été apportée et, à la fin de la course, de nombreux hommes qui sortaient du saloon, les yeux larmoyants, semblaient beaucoup plus détruits que les concurrents eux-mêmes. En fait, cette forme de divertissement était si populaire, qu'avant le début de la deuxième course The All Alaska Sweepstake en 1909, il y avait déjà plus de 100 000 $ dans les livres de compte.

Cette course a également vu l'entrée d'une entité inconnue. Au cours de l'été précédent 1908, un marchand de fourrures russe du nom de William Goosak est arrivé à Nome avec un attelage de chiens de Sibérie dont la taille, la morphologie et l'apparence étaient sensiblement différentes de celles des chiens natifs de la région. Alors que les chiens locaux étaient grands, de type variés, féroces, souvent ressemblant à des loups, enclins à se battre et donnant l'impression d'une grande force, ces chiens sibériens étaient compacts, petits, dociles et ressemblant plutôt à des renards qu'à des loups. Bien que les amateurs de chiens de Nome aient trouvé l’aspect et les dispositions sociables de ces chiens attrayants, la suggestion qu'ils soient inscrits à la course pour concurrencer les chiens locaux plus gros et apparemment beaucoup plus durs n'a pas été prise au sérieux. Les pronostiqueurs, eux-mêmes, ayant utilisé des critères d'évaluation en grande partie sur la base des longueurs de pattes, ont directement placé ces attelages au second plan, car ces petits chiens avaient considérablement moins de pattes que tous les autres!

Malgré cette absence de réceptivité, Goosak a réussi à persuader un homme du nom de Thurstrup de conduire l’attelage. Ainsi, par un matin froid et sombre d'avril 1909, le premier attelage de Huskies de Sibérie à être vu sur le continent nord-américain est sorti de la ville de Nome et est entré dans les annales de l'histoire. Cependant, ils n'ont pas gagné la course, en grande partie à cause d'une mauvaise stratégie de la part de leur musher, Thurstrup. Une grande partie du succès d'un attelage dans une course de cette distance dépend non seulement de la réelle habileté du conducteur, mais aussi de sa capacité à évaluer la vitesse et l'endurance de ses chiens; et chaque musher a minutieusement élaboré une stratégie d'avant-course basée sur son expérience ardue.

Conduirait-il ses chiens huit heures et se reposerait six? S'il voyait une chance de dépasser un adversaire, risquerait-il de raccourcir la période de repos de ses chiens? Tous les mushers ont essayé de trancher ces questions bien avant la course, et des dépôts de nourriture et de matériel ont été cachés tout le long du parcours aux stations de repos prévues. Mais même les plans les mieux élaborés dépendaient des facteurs tels que les conditions météorologiques et les blessures. En l'occurrence, un blizzard a frappé Nome juste au début de la course, et sur les 14 attelages qui ont commencé, seuls trois ont pu continuer. Il s'agissait notamment du favori, Scotty Allan, aux commandes de son team de race mixte; Percy Blatchford, aux commandes du deuxième team d'Allan; et Thurstrup, conduisant les Sibériens de Goosak. Alors que les petits Sibériens parvenaient à rester légèrement derrière Allan sur le chemin de Candle, et que les informations à ce sujet arrivaient à Nome, ceux qui avaient fortement misé sur Allan commencèrent à s'inquiéter. Aussi, quand Allan est arrivé à Candle, il a reçu des appels urgents le pressant de raccourcir son temps de repos proposé de sept heures et de reprendre le dernier tronçon vers l'arrivée le plus rapidement possible. Mais Allan a refusé de risquer les conséquences d'une telle action et est resté à Candle jusqu'à ce qu'il pense que son attelage fut suffisamment reposé.

Arrivé à Candle peu de temps après Allan, Thurstrup n'a pas fait preuve d’une grande maîtrise de soi. Validant son arrivée avec les officiels présents, il est immédiatement reparti et bien qu'il ait mené la course pour les cent miles suivants, le manque de repos pour lui et ses chiens lui a coûté la victoire, car Allan et Blatchford ont tous deux réussi à le dépasser dans le dernier quart. Allan a remporté la course avec Blatchford, deuxième et Thurstrup, troisième. Mais même une troisième place a suffi pour convaincre les amateurs de chiens de Nome du calibre des Sibériens. Non seulement ils avaient démontré leur vitesse et leur endurance, mais tous ceux qui les avaient vus avaient été frappés par leur remarquable maniabilité. Le printemps précédent, un jeune Écossais nommé Fox Maule Ramsay, deuxième fils du comte de Dalhousie et diplômé de l'Université d'Oxford, était arrivé à Nome avec ses deux oncles, le colonel Charles Ramsay et le colonel Weatherly Stuart, la famille ayant investi de l'argent dans les concessions aurifères de Nome. Étant jeune, Ramsay a rapidement appris la vie du Nord, en particulier la conduite de chiens, et en 1909, il a mené un attelage en course, mais n'a pas gagné. Mais après avoir vu les Sibériens en action, et sur les conseils d'Ivor Olsen, un homme familier avec la Sibérie, Ramsay a affrété une goélette à l'été 1909, payant 2500 $, ce qui pour l’époque était un prix non négligeable, et a traversé la mer de Béring en Sibérie.

Il est revenu avec quelques soixante-dix Huskies Sibériens, venus de la petite colonie de Markova sur la rivière Anadyr. Avec ces chiens, Ramsay a engagé trois attelages dans la course All Alaska de 1910, un pour lui et un pour chacun de ses oncles. L'équipe engagée au nom du colonel Charles Ramsay et conduite par John "Iron Man" Johnson a pris la première place avec un temps écoulé de 74 heures, 14 minutes, 37 secondes, un temps qui dans l'histoire de la course n'a jamais été égalé. Ramsay, lui-même, au guidon de son propre attelage, a pris la deuxième place et le troisième attelage de Sibériens, conduit par Charles Johnson, a terminé quatrième. Au cours des années suivantes, la chance semble avoir été contre les arrivées sibériennes. C'était peut-être plus que de la chance car il semble qu'au moins une fois, les chiens de l'attelage de John Johnson ont été dopés. Apparemment, il y avait tant d'argent misé sur lui que s'il avait gagné, cela aurait brisé le business du jeu. Personne ne savait exactement ce qui s'était passé, mais Johnson a affirmé que sur une certaine partie du parcours, ses chiens n'arrêtaient pas de ramasser ce qui semblait être de petits morceaux de viande. Peu de temps après, ils sont devenus somnolents et n'ont finalement pas pu être réveillés. D'autres personnes ont affirmé qu'il avait simplement abandonné la course. Quoi qu'il en soit, les courses de 1911 et de 1912 ont été remportées par l'attelage de chiens croisés de Scotty Allan, avec une participation des sibériens conduits par Charles Johnson qui a pris la troisième place dans les deux courses. La course de 1913 est gagnée par Fay Delzene, qui a également conduit des chiens d'élevage mixte, John Johnson et ses Sibériens réussissant à décrocher la deuxième place.

Johnson a quitté Nome peu de temps après cette course pour se rendre en Californie, mais bien que ses performances aient été quelque peu irrégulières, il a prouvé la supériorité du Sibérien à au moins deux reprises. Il ne restait plus que quelqu'un s'intéresse suffisamment à ces petits chiens pour faire avancer leur cause.

Suite : Leonhard Seppala